© Editions Vanloo
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Chris Tabbart est née à Saint-Tropez, en 1962.

Adolescence niçoise. Durant ses années de lycée, elle s’enflamme pour Zola, Boris Vian, Sartre et se rêve enpasionaria révolutionnaire. Las, la réalité la rattrape et sa mère l’inscrit dans une école de secrétariat. Elle en claquera la porte trois mois plus tard et trouvera un salut temporaire à la poste.

Tour à tour factrice dans la campagne Ramatuelloise, garde municipal à cheval, secrétaire médicale aux services des urgences, puis en psychiatrie, elle a engrangé des galeries de portraits, qui tissent à présent la matière de ses personnages.

La connaissance de l’être humain (le travail en psychiatrie éclaire l’homme sous un nouveau jour) en a fait une pessimiste gaie, qui ressemble étrangement à ses personnages, si ce n’est qu’elle n’a jamais tué personne…

Depuis quelques années, elle s’est retirée dans un de ces villages de l’arrière pays provençal, à la trompeuse tranquillité.  

 

Site internet : chris-tabbart.e-monsite.com

 

Du même auteur

Les sexagénaires énervés :

Des blondes dans les truffes, roman, JMDesbois éditeur, 2014

Les Yeux de la bastide, roman, JMDesbois éditeur, 2015

Grenades au dessert, roman, JMDesbois éditeur, 2015

 

Romans :

Le Jas de la Bouscarle, roman, Thebookedition, 2013

Galéjade Tropézienne, roman, Thebookedition, 2014

L’Arche des solitudes, roman, JMDesbois éditeur, 2014

Le Dernier Périple de Paulo, roman, JMDesbois éditeur, 2016

 

Titres disponibles uniquement en numérique, sur Amazon :

Youri de Serbie, roman, 2013

Les Sortilèges des Sombres, tome 1, roman, 2015

Les Sortilèges des Sombres, tome 2, roman, 2016 Histoires courtes pour trains de nuit, nouvelles, 2016 

 

 


ENTRETIEN AVEC CHRIS TABBART

 

On se pose toujours la question de la poule et l’œuf, qui est à l’origine de quoi ? Ou quoi est à l’origine de qui ? Quel est votre point de départ, des paysages ou des personnages ? Comment tout cela nait ? Est-ce l’envie de décrire les paysages ou l’envie de faire vivre des personnages qui vous vient en premier ?

 

« À Vinon, c’est plein de voyous ! ». La série des Sexagénaires Énervés est née suite à cette réflexion péremptoire. Comme je suis d’un naturel curieux, j’ai voulu creuser le sujet et je me suis aperçue qu’il y avait (un peu) de vrai là-dedans. En fait, les villages de l’arrière-pays servent souvent de lieux de repli à quelques « rangés des voitures ». J’ai donc imaginé quelle vie pouvaient bien avoir ces gens qui ont vécu en marge de la société et se retrouvent à présent « à la retraite ». L’âge les rends plus sympathiques parce que la vieillesse est censée apporter la sagesse. Celle-ci va souvent de paire avec l’amour de la nature. Les montagnes, les collines, les forêts profondes donnent une idée de l’éternité, elles nous remettent donc à notre place de microbes, de passants aussi fugaces qu’insignifiants à l’échelle du temps universel. Mes personnages y sont d’autant plus sensibles qu’ils ont vécu dangereusement…

 

Ce qui me vient en premier ? Impossible à dire. Je vois un lieu (une vielle ferme perchée au sommet d’une colline) et hop, j’imagine le personnage qui lui correspond, qui en sera l’âme. Ensuite tout s’enchaîne, l’âme en question me raconte son histoire. Ce peut être un vieux truand à la retraite où une jeune femme mal mariée (« Le jas de la Bouscarle ») des années 1900.

 

Les sexagénaires énervés sont une série, mais aviez-vous cette intention dès le départ ou les circonstances vous ont poussée à faire plusieurs épisodes ?

 

Au départ je ne pensais pas écrire une série. Et puis, ces personnages se sont mis à vivre dans ma tête et ils réclamaient d’en sortir ! Albert, Hélios et José voulaient continuer à exister. Parallèlement, les lecteurs se sont attachés eux aussi, à ces trois sexagénaires. J’ai d’ailleurs été étonnée au début, car ce ne sont pas des personnages très corrects. Je pensais que cela pourrait choquer, mais il faut croire qu’on oublie vite leur passé pour ne retenir que ce qu’ils sont devenus en vieillissants… Et effectivement après la deuxième aventure, mes lecteurs en ont réclamé une autre et une autre… et j’en suis à la cinquième !

 

On vous sent très proche de vos lecteurs, à tel point qu’on se demande s’ils n’ont pas une influence sur les personnages et les aventures, pouvez-vous nous raconter le rapport que vous entretenez avec eux ?

 

Je reçois effectivement pas mal de courriels via mon site, de gens qui me disent que mes livres les rendent heureux, leur font du bien. Mes lecteurs ont bien souvent l’âge de mes personnages, certains sont hospitalisés et ils m’écrivent pour me dire que mes romans les ont aidés à surmonter les hospitalisations, les traitements. L’un d’eux les a fait commander par la bibliothécaire de sa maison de convalescence en lui assurant que ça aiderait les patients ! Pour moi, c’est une récompense inestimable. En plus, je pense que le côté cabossé et les contradictions tellement humaines des sexagénaires, les rendent vraiment très proche des gens. Ce qui est marrant c’est que ces personnages pourtant typés « provençaou » séduisent des gens de toutes les régions de France.

 

On vous sent amoureuse de la nature et en même temps un peu inquiète, dans Dinosaures Blues, il y a une dimension oppressante de la nature, quelque chose qui menace (comme les sangliers par exemple), comme si la nature n’était jamais très éloignée d’une forme de folie.

 

Je ne vois pas de folie dans la nature. Seuls les humains peuvent être fous ! Zoran, par exemple est sans doute border-line, il ressent (douloureusement ?) son côté animal, il aimerait se vautrer dans la terre avec sa horde de sangliers, mais il n’a pas encore fait sauter toutes les barrières de son inconscient. Pour le moment, sa part d’humanité domine encore, bien qu’il vive à la façon d’un chef de meute. La forêt le protège grâce au rempart qu’elle dresse entre sa communauté et le reste du monde. Les bois ont toujours un aspect magique, tant de choses étranges peuvent s’y passer, mais ce sont les hommes qui induisent cela. Les sangliers, eux ne se posent pas tant de questions, Zoran les nourrit, les protège des chasseurs et ils lui rendent quelques menus services, sans même le savoir ! Pierre a lui aussi des relations particulières avec l’univers… On retrouve beaucoup de gens « bizarres » dans mes romans, des gens un peu limite, mais je suis fascinée par la fragilité de la frontière entre ce qui est dit « normal » et ce qui ne l’est pas… Je crois que chacun de nous a une part de folie en lui. Savoir la canaliser, la transformer (la sublimer ?) permet sinon de s’épanouir, du moins de vivre mieux !