Un peu plus ample un peu moins moche

Grégoire Damon


=/ Extrait en PDF

mars 2020

Format : 100 x 150 mm

Broché - papier bouffant

52 pages

ISBN : 9791093160412

 

Prix : 9€ + 1,50€ frais de port

Momentanément indisponible

Etre une ville moyenne

 

vieux réflexe incarné :

donner le nom de la grande ville la plus proche

lorsqu’on te pose la question

enfin

la ville moyenne

enfin

la grande ville en train de devenir ville moyenne 

par un curieux phénomène d’hémorragie d’hommes et d’hôpitaux

enfin

il y a un Monoprix un multiplexe

une médiathèque

tu vas pas chipoter

ce n’est pas vraiment un mensonge 

cette ville ne t’a pas vu grandir 

(surtout été une Fnac pour la langueur des mercredis –

maintenant c’est un Starbucks)

mais ton gros bourg à quelques kilomètres 

lui a toujours fait comme une 

poignée d’amour –

à ça tu te reconnais 

quand tu te croises dans une glace

 

autre réflexe, juste au-dessus du lobe temporal :

y a-t-il assez de livres par le monde ? 

y a-t-il assez de films 

y a-t-il assez d'amour

de miettes dans les draps

de siestes crapuleuses

pour justifier d'être d’ici ?

 

de connaître ce panneau avec rien que des tirets 

cette gare

(ils appellent ça une gare)

que dalle plus un distributeur automatique 

la casse automobile et les Gitans pas loin

la troisième fleur comme une fierté nationale ?

 

cette gare tu la connais tu as même fait des études ailleurs

bien fait marrer alors avec ce genre de questions

tout ça créait une texture d’ironie dont tu n’étais pas très fier

mais à l’époque fallait surtout faire allégeance

se couler dans la bonne sensibilité

de toute façon

de moins en moins de gens te demandent d’où tu viens

 

c’est pas de chance

vers la fin du néolithique 

pour moins que ça tu étais un grand centre urbain 

les porcs les moutons circulaient dans tes rues sans faire d’histoires

tu voyais passer des riches dans des litières ornés rubis 

des esclaves bien contents qu’on leur ait laissé un œil 

des statuettes de bouse et d’argile 

dédiées à va savoir qui

 

les gens de ce temps-là

enterraient leurs morts sous le plancher 

entre chambres et cuisine

ça te fait une belle jambe

sauf que ces hommes ces dieux ces animaux domestiqués 

sont toujours là – en crottes fossilisées

pile devant ta porte

pile

au coin de tes yeux 

 

ça commence à se voir

ton voisin par exemple 

trois fois cette semaine qu’il fait mine de tailler sa haie 

le regard de côté

ou trois générations 

quelle différence ?

 

peut-être que ce n’est pas exactement de la haine 

quelque chose de plus incrusté archaïque rudimentaire

en tout cas tu sais ce qui vous manque pour arriver à vous parler

une macabre découverte 

oh pas grand-chose un petit corps calciné dans le lotissement d’à côté

 

tu souris : tu la sens un peu mieux cette blague-là 

mais il n’y a personne pour se marrer cette fois

 

 

 

 

 

 

L'AUTEUR

Né en 1985 à Saint-Etienne, émigre à Lyon en 2003. Fait un tas de trucs passionnants et/ou salissants. Premier roman en 2007. Découvre que la poésie bat encore vers 2010, s’y met. Co-fonde en 2016 la revue en ligne REALPOETIK avec Sammy Sapin parce que la critique littéraire c’est rigolo.

 

OUVRAGES PARUS

 

La Rue de la soif, roman, ArHsens Éditions, 2007.

Mon Vrai boulot, poésie, Le Pédalo ivre, 2013.

La Danse de Saint-Gilles suivi de Minera, poésie, Polder, 2013 (préface de Thomas Vinau).

D'Origine, poésie, Le Pédalo ivre, 2014.

99 noms d'un seul truc, poésie, Gros Textes, 2015.

De Gras et de nerf, poésie, Le Pédalo ivre,  2017.

 

Fast-food, roman, Buchet-Chastel, 2018, collection « Qui Vive ».